Marc Chagall, Affiche originale, lithographie, 1964
Marc Chagall
Affiche originale lithographie 1964
« Romeo et Juliette »
Charles Sorlier graveur, Mourlot imprimeur
102 x 67 cm
Bel état, légers coups dans les marges, quelques traces de manipulations.
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À propos de l’artiste…
Marc Chagall naît le 7 juillet 1887 à Vitebsk, dans l'Empire russe, sous le nom de Moïshe Segal, dans une famille juive hassidique modeste. Ce berceau — le shtetl, monde des villages juifs d'Europe orientale — sera la source inépuisable de toute son œuvre : les violonistes sur les toits, les chèvres volantes, les rabbins, les amoureux suspendus dans les airs sont autant de métaphores de cette enfance mythifiée, convoquée et reconvoquée jusqu'à sa mort en 1985.
Après une formation à Saint-Pétersbourg malgré le numerus clausus qui limitait l'accès des Juifs aux grandes villes, il arrive à Paris en 1910 et s'installe à La Ruche, cette cité d'artistes de Montparnasse où il côtoie Modigliani, Léger, Cendrars. Le contact avec le cubisme et le fauvisme transforme sa technique sans altérer sa vision intérieure : il fragmente les plans comme Picasso, exalte la couleur comme Matisse, mais ne s'inscrit dans aucun de ces courants. Il les traverse pour revenir toujours à la même source.
La Première Guerre mondiale le surprend en Russie. Il y reste, participe à la Révolution bolchévique comme commissaire aux arts à Vitebsk, avant de se heurter à Malevitch et au Constructivisme qui lui reproche son lyrisme jugé trop personnel. Il quitte définitivement l'URSS en 1922, passe par Berlin, et retrouve Paris. Les années vingt et trente sont celles de sa consécration : le marchand Ambroise Vollard lui commande des illustrations pour La Fontaine, puis pour la Bible — des gravures d'une sobriété étonnante chez un artiste aussi coloriste. Sa renommée est internationale. Mais la montée du nazisme le rattrape : ses œuvres sont classées « art dégénéré », et dès 1938, dans La Crucifixion blanche, il anticipe la catastrophe avec une lucidité saisissante — un Christ enveloppé d'un talith entouré de scènes de pogrom, tableau prémonitoire autant que politique.
En 1941, il fuit aux États-Unis. C'est là que meurt sa femme bien-aimée Bella en 1944, deuil fondateur qui traversera toutes ses œuvres ultérieures : il la portraiture inlassablement, la convoque dans ses blancs de mariée, dans ses bouquets flamboyants. Le retour en France après la guerre, d'abord à Paris puis dans le Midi, marque le début d'une période de gloire publique et de commandes monumentales : le plafond de l'Opéra de Paris en 1964, les vitraux de la cathédrale de Reims, ceux de la Knesset à Jérusalem, ceux du siège de l'ONU à New York, et enfin le Musée national Message biblique à Nice inauguré en 1973, entièrement consacré à son œuvre sacrée.
Sur le plan formel, ce qui frappe chez Chagall c'est d'abord la couleur — et non la ligne — comme armature de l'œuvre. Ses bleus sont devenus proverbials : un bleu de nuit, de velours, presque sonore, qui enveloppe ses personnages comme une atmosphère émotionnelle plutôt qu'un fond. La couleur n'est pas un attribut du sujet, elle est le sujet. Ensuite vient la gravitation : ses personnages flottent, volent, s'inversent. Ce n'est pas le rêve pour le rêve, ni un surréalisme de poche — Breton voulut d'ailleurs le recruter, il refusa. C'est la traduction visuelle d'un état émotionnel extrême : l'amour, la terreur, la prière arrachent l'être à la pesanteur du réel. La physique chagallienne est une physique des affects.
On lui a parfois reproché une certaine douceur, un onirisme jugé décoratif, une répétition de motifs qui tournerait à la manière. Ce reproche passe à côté de l'essentiel : Chagall peint le même monde depuis 1910 jusqu'à sa mort, mais ce monde se révèle, à mesure que l'histoire avance, de plus en plus hanté. La légèreté apparente est une stratégie de survie. Vitebsk était déjà une ville fantôme dans sa mémoire avant même d'être détruite en 1941 par les nazis. La Shoah traverse son œuvre comme une fissure souterraine, et la douceur de surface n'est que l'envers du deuil.
Enfin, les grandes commandes religieuses de ses vieilles années dessinent une théologie personnelle — juif qui peint des Christ, décorateur d'églises catholiques, auteur de vitraux pour la synagogue de Jérusalem. La lumière filtrée et colorée y devient une expérience du sacré qui refuse les frontières confessionnelles. C'est peut-être là son geste le plus audacieux : affirmer, à travers la beauté pure, que la spiritualité n'appartient à personne.
Il meurt à Saint-Paul-de-Vence le 28 mars 1985, à 97 ans, ayant traversé deux guerres mondiales, la Révolution, l'exil, la Shoah, et neuf décennies d'histoire de l'art — sans jamais cesser de peindre Vitebsk.