Guido Llinas, Encre et aquarelle, 1977
À propos de l’artiste…
Guido Llinás Quintáns est un peintre et graveur cubain né le 21 mars 1923 à Pinar del Río et mort le 4 juillet 2005 à Créteil. Il naît au sein d'une famille noire qui sut gravir rapidement la hiérarchie sociale après l'abolition de l'esclavage en 1886, et étudie à l'Académie San Alejandro à La Havane, où il développe très tôt un intérêt pour l'expressionnisme et les traditions afro-cubaines.
Dans les années 1950, il devient l'un des chefs de file du groupe d'avant-garde Los Once, fondé en 1953 — le seul mouvement latino-américain à s'inspirer à la fois de l'expressionnisme abstrait américain, de l'informel européen et de CoBrA. En 1963, contraint à l'exil par le durcissement idéologique du régime castriste à l'égard de l'art abstrait, il s'installe à Paris, où se situe son œuvre de maturité. Dans la capitale française, il fréquente la galerie Denise René, s'intéresse aux affichistes du nouveau réalisme et au lettrisme, et multiplie et fragmente les signes rituels abakuá — ceux d'une société secrète afro-cubaine d'origine nigériane — tout en conservant la gestuelle de l'action painting.
De ces croisements naît la Peinture Noire, style qu'il forge dans les années 1960 et développe jusqu'à la fin de sa vie, conjuguant la défense du noir comme couleur dans le sillage de Soulages et l'esthétique d'origine africaine. Il travaille également la gravure à l'Atelier 17 de Stanley William Hayter, collabore avec le poète Michel Butor, et expose dans les grandes institutions internationales. Son œuvre est transatlantique, à la charnière entre l'abstraction gestuelle américaine, la tradition expressionniste européenne et l'art africain classique.
Figure trop longtemps méconnue, il est aujourd'hui reconnu comme l'une des figures majeures de l'art abstrait en Amérique latine et de la diaspora artistique noire à Paris.